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Un an déjà d’écoulé… J’ai encore de la difficulté à le croire. La douleur s’estompe, mais elle rejaillit par moments.
J’ai remarqué que plusieurs ont tenté de savoir, par l’entremise de ce bolg, quelles étaient les causes du décès. En juin dernier, nous avons eu les résultats de l’enquête du coroner. Malgré l’autopsie, les tests et l’enquête, la mort demeure à ce jour inexpliquée. Solène ne présentait aucun traumatisme, aucun signe de maladie ou d’empoisonnement. Grosso modo, l’autopsie ne peut que spécifier que Solène avait arrêté de vivre. Le pourquoi et le comment demeurent donc un mystère.
Je ne peux pas dire que cette conclusion m’a grandement surprise. Les discussions que nous avions eu avec le coroner et les enquêteurs me laissaient entrevoir cela.
Pour certains, l’absence de réponses serait source d’inquiétude, de soucis ou de colère. Pour ma part, je suis relativement serein. Personne ne peut être mis en cause. Rien n’aurait pu être fait. C’est tragique et injuste, certes, mais cet accident de parcours est justement cela, un accident de parcours.
La vie continue…

Il y a un peu moins de treize mois, nous célébrions le baptême de Solène. C’était une journée ensoleillée, un peu comme aujourd’hui. Il faisait chaud et toute la famille et les amis s’étaient réunis à la Maison Verte à Sainte-Geneviève. Ce fut l’unique fois où nous furent presque tous ensemble. En cette journée de la fête des Pères, je me remémore douloureusement ce petit moment de bonheur. Cet événement me semble aujourd’hui tellement loin ! J’ai l’impression d’avoir vécu une vie entière depuis ce jour.

Si aujourd’hui fut une journée de plein air fort agréable en compagnie de mes deux garçons et de Julie à la plage de la marina d’Aylmer, je continue de trouver le soleil toujours un peu moins éclatant. Il y a une petite voix qui manque dans mon entourage. Une petite paire de mains qui devrait continuer de me tapoter l’épaule affectueusement. Tout spécialement aujourd’hui, j’ai une petite pensée pour toi ma Solène.

À mes deux garçons, vous lirez peut-être cet écrit un jours. N’y lisez surtout pas un manque d’affection envers vous. Vous êtes mes deux trésors et je vous adore, même s’il y a un instant j’ai dû vous envoyer jouer à l’extérieur pour que je puisse écrire ces quelques lignes dans une sérénité somme toute relative. Votre petite soeur n’est plus parmi nous et votre père tente chaque jour de retrouver un équilibre qui est subitement disparus il y a maintenant cinq mois. Vous avez été des anges aujourd’hui et si papa a sorti sa grosse voix, ce n’est que pour continuer à vous guider à travers les sentiers de la vie.

Merci d’être encore avec nous. Merci d’être deux petits anges et deux petits démons à la fois. Vous illustrez tous les deux tout ce que j’avais rêvé quand je m’imaginais être père. Seulement, votre petite soeur me manque et je devais l’exprimer à ma façon…

Ma chère Solène,

Ton grand frère a atteint cette semaine l’âge respectueux de six ans. Six ans, l’âge de l’entrée à l’école primaire. Six ans, l’âge clé dans la vie d’un enfant, l’âge où tout change alors que tout est encore possible. Un âge que tu ne verras jamais. C’est la cruauté de la vie. La vie qui t’a quittée sans explications, sans crier gare.

Me voilà assis, pleurant toujours ton départ malgré les jours, malgré les nuits. Je me noie dans mon travail, dans ma routine, tentant d’ignorer cette douleur qui n’est jamais bien loin. Je n’ai plus de toi que des souvenirs de plus en plus embrumés par le temps et un petit cri laissé sur un enregistrement d’un répondeur. Par moments, j’ai l’impression que tout ceci n’est qu’un rêve. Comment ce peut-il que tu ne sois pas là ? Ai-je imaginé ta présence ? Es-tu simplement le fruit de mon imagination ?

C’est lorsque je regarde ta maman pleurer, tes frères avoir ces petits instants silencieux, ces quelques photos que nous avons de toi que je me rends compte que tout ceci est bien réel. Que cette douleur sourde qui empoigne chaque instant de ma vie est le résultat d’une réelle disparition.

Au moment d’écrire ces quelques mots, le soleil dort depuis plusieurs heures, mais depuis le 10 janvier, s’est-il réellement levé ?

Tu me manques terriblement, ma petite. Si seulement tu pouvais nous revenir et ramener le soleil avec toi.

3 mois demain… C’est fou comment le temps passe. Tu nous manques, ma petite chouette.

Comment rend-on hommage à une personne si jeune qui nous laisse si tôt ? Comment pouvons-nous exprimer le désarroi qu’un départ aussi soudain provoque ?

Solène s’est annoncée dans notre petite famille un matin de février. Je dormais paisiblement quand Julie m’a réveillé pour m’annoncer qu’elle était de nouveau enceinte en me disant : « J’ai compris pourquoi j’étais si fatiguée… » J’ai toujours eu de la facilité à passer d’un état de sommeil à un état d’éveil, mais je dois dire que, ce matin là, la transition fut brusque et très rapide. C’était une surprise. Nous avions certes discuté à l’époque d’avoir un troisième enfant, mais l’idée en était une de projet, un projet qui devait se réaliser lorsque nous aurions atteint une certaine stabilité qui, à l’époque, faisait cruellement défaut. J’étais encore en rédaction de thèse et Julie travaillait à contrat. Vous comprendrez certainement que la joie de la nouvelle était assombrie par les craintes et les angoisses que cela suscitait.

Toujours est-il que nous avons, pendant des mois, tenté de mettre de côté ces angoisses pour laisser toute la place à la joie d’avoir un autre petit frère pour nos deux garçons, Vincent et Gaël. Vous avez bien entendu, un petit frère, car nous étions convaincus que ce serait un garçon. Solène nous réservait donc une deuxième surprise, celle de son sexe, qui devait changer toute la vision que j’avais de notre famille.

Son arrivée en ce monde ne fut pas sans heurts. Son petit cœur, qui allait devenir si grand, avait une faiblesse, une faiblesse qu’il fallut protéger et guérir pendant les trois premiers mois de sa vie. Cette troisième surprise nous emmena quelques angoisses supplémentaires, mais, comme par enchantement, le siège de l’amour qu’elle portait en son sein se guérit de lui-même, tel que nous l’avaient prédit ses médecins.

Vint ensuite des mois où il fallut faire attention à ce que Maman et Solène mangeaient, car mademoiselle avait un intestin sensible. Je pris donc les restrictions alimentaires que cela entraînait avec entrain, trouvant ici un défi culinaire intéressant. Solène m’enseignât donc l’art de faire à manger sans produits laitiers et sans soja. Ce fut un défi que je relevai avec joie, mais lorsqu’il fut terminé, je n’en étais pas choqué. Julie et Solène non plus d’ailleurs puisqu’elles se ruèrent avec joie, chacune à leur façon, sur le yaourt, la crème glacée et les fromages.

Les mois qui ont suivi nous ont montré une petit fille curieuse, pleine d’entrain, qui, grâce à la compétition avec ses frères (et peut-être un peu de génétique transmis par sa Mémé-Joh), avait un caractère fort et une certitude de ses opinions et de ses désirs. Solène est devenue un petit soleil dans nos vies et les craintes et les angoisses des mois qui ont suivi l’annonce de Julie par ce matin d’hiver en Beauce ont laissé place à une joie de vivre et une plénitude que je ne peux aujourd’hui que chérir en souvenir.

Parmi ces souvenirs, je garde celui de cette petite fille qui adorait se faire prendre et qui une fois dans les bras de Julie ou dans les miens, nous tapait doucement l’épaule comme pour nous dire : « Là, là, je suis là. N’ayez crainte. Tout ira pour le mieux maintenant. » Je garde également le souvenir de ce petit visage joyeux qui adorait me pointer du doigt en riant lorsqu’elle me voyait. Elle avait alors le regard de ces petites filles qui disent avec fierté : « Lui, c’est mon papa ! » Je garde le souvenir de cette petite fille qui adorait vider les tiroirs et les armoires de la cuisine, faisant rager son père. Elle me regardait alors de ses grands yeux bleus, un sourire fendu jusqu’aux oreilles, ayant l’air de dire : « Voyons Papa, tu sais que tu m’aimes quand même ! » Finalement, je garde le souvenir de cette petite fille qui se ruait dans nos jambes et qui partait à courir dans la direction opposée en riant, nous sommant ainsi de la pourchasser dans la maison.

Malheureusement, Solène nous réservait une cinquième et tragique surprise. Par un midi d’hiver, à quelques semaines du deuxième anniversaire de l’annonce de Julie, je reçus un appel qui allait me projeter sur la route de l’hôpital et du cauchemar. Jamais la route entre Fort-Coulonge et Hull ne m’a paru si longue, alors que je me remémorais les paroles de l’agent de police qui m’avait appelé ce midi-là. Pendant l’heure qui suivi, alors que je roulais en fou sur la route 148, ces paroles avaient instauré en moi une certitude que l’irréparable s’était produit. Ce matin-là, le soleil s’est éteint paisiblement dans son sommeil. Il s’est transformé en étoile filante ne laissant derrière elle qu’une poussière d’étoile sous la forme de souvenirs. Peut-être a-t-elle brillé trop intensément tout au long de ses quinze mois ?

Aujourd’hui, nous sommes réunis pour exprimer notre tristesse à celle qui a touché tant de cœurs. Les mots sont tous insuffisants et inadéquats pour décrire ce qu’elle laisse derrière elle. Dans les mots de son grand frère, il ne reste qu’une chose à dire : « Adieu Solène, nous t’aimions beaucoup. »

Hommage lu aux funérailles de Solène Godbout
à Gatineau le 22 janvier 2011

Jamais plus à mes yeux le soleil ne brillera aussi intensément. Le 10 janvier dernier, il est allé se coucher vers 10h00 pour ne plus jamais se réveiller. Ma petite Solène, mon petit trésor, s’est endormie à jamais. Jamais plus je n’entendrai son rire. Jamais plus je ne pourrai la tenir dans mes bras. Jamais plus elle ne me pointera de son petit doigt pour me dire bonjour avant de partir en courant dans l’autre direction ayant l’aire de m’inviter à lui courir après. Jamais je n’aurai l’occasion de la voir grandir, de la voir connaître son premier amour. Je ne pourrai pas l’amener à la piscine ou faire de la voile tel que je l’avais intensément désiré. Elle n’est tout simplement plus là.

Solène, je n’étais pas là quand tu es partie. Je m’étais promis de toujours être là à tes côté quand tu avais besoin de moi. J’ai échoué à cette promesse… Ce sera toujours pour moi un poids que j’aurai à apprendre à porter. Ton arrivée fut peut-être une surprise, mais tu seras toujours ma petite fille et je t’adorais intensément.

La vie de Solène en album.

Mise à jour : Mon père, Papi Alain, a fait une vidéo à partir des photos. Elle est affichée sur YouTube.

Le système de santé québécois demeure un système de qualité où les soins prodigués rivalisent très bien avec ceux des autres pays industrialisé. Une fois que le patient s’insère dans la chaîne de traitement, il recevra les soins dont il a besoin… mais des fois…

La Presse fait état aujourd’hui d’un cas qui laisse pantois. Un homme abandonné à son sort qui meurt sur une civière de l’hôpital parce que les différents services ne veulent pas le traiter.

Difficile ne pas être révolté quand on lit que le patient, souffrant de ce qui me semble être une gangrène, est renvoyé à la maison. Difficile de ne pas vouloir ruer dans les brancards lorsqu’on lit que les médecins de garde ne sont pas joignable, que les chefs de département disent que ce n’est pas de leur ressort, que le patient meure, faute de soins, parce que les gens qui sont supposé le traiter se renvoient la balle.

Le coroner a refusé d’établir un lien direct entre « les problèmes de communications » et la mort du patient. Il en demeure pas moins que, pour la moyenne des gens, ce qui est rapporté ici est digne d’un acte de négligence criminelle. Le mot est fort, certes, mais il représente certainement très bien ce que plusieurs penseront en lisant l’article.

Je trouve la situation d’autant plus grave que la réaction du ministre de la santé fut de se limiter à dire que le cas était « déplorable ». Combien de morts faut-il pour transformer une situation déplorable en une situation révoltante ? Combien de morts faut-il pour que les services, que le Québec paye chèrement en santé, soient fourni à toute la population ? Combien de morts faut-il pour que de telles situations ne se reproduisent plus ? Combien de morts faut-il pour que le ministre impose la loi de la décence dans le système ? Combien M. le Ministre ?

De plus, il est dommage, mais pas surprenant, de ne pas entendre le Collège des Médecins réagir à cette nouvelle. Le Collège à comme mission première d’assurer la sécurité du public. Cependant, les prises de position du Collège dans le dossier des médecins étrangers, sur la question des pénuries, sur l’attitude des associations médicales et de leurs demandes et maintenant leur silence sur les cas de plus en plus douteux qui s’accumulent dans les hôpitaux de Montréal, tout ceci montre, en apparence du moins, qu’il est devenu plus important pour le Collège de protéger la profession. Ça s’est déplorable, M. le Ministre.

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