janvier 2011


Comment rend-on hommage à une personne si jeune qui nous laisse si tôt ? Comment pouvons-nous exprimer le désarroi qu’un départ aussi soudain provoque ?

Solène s’est annoncée dans notre petite famille un matin de février. Je dormais paisiblement quand Julie m’a réveillé pour m’annoncer qu’elle était de nouveau enceinte en me disant : « J’ai compris pourquoi j’étais si fatiguée… » J’ai toujours eu de la facilité à passer d’un état de sommeil à un état d’éveil, mais je dois dire que, ce matin là, la transition fut brusque et très rapide. C’était une surprise. Nous avions certes discuté à l’époque d’avoir un troisième enfant, mais l’idée en était une de projet, un projet qui devait se réaliser lorsque nous aurions atteint une certaine stabilité qui, à l’époque, faisait cruellement défaut. J’étais encore en rédaction de thèse et Julie travaillait à contrat. Vous comprendrez certainement que la joie de la nouvelle était assombrie par les craintes et les angoisses que cela suscitait.

Toujours est-il que nous avons, pendant des mois, tenté de mettre de côté ces angoisses pour laisser toute la place à la joie d’avoir un autre petit frère pour nos deux garçons, Vincent et Gaël. Vous avez bien entendu, un petit frère, car nous étions convaincus que ce serait un garçon. Solène nous réservait donc une deuxième surprise, celle de son sexe, qui devait changer toute la vision que j’avais de notre famille.

Son arrivée en ce monde ne fut pas sans heurts. Son petit cœur, qui allait devenir si grand, avait une faiblesse, une faiblesse qu’il fallut protéger et guérir pendant les trois premiers mois de sa vie. Cette troisième surprise nous emmena quelques angoisses supplémentaires, mais, comme par enchantement, le siège de l’amour qu’elle portait en son sein se guérit de lui-même, tel que nous l’avaient prédit ses médecins.

Vint ensuite des mois où il fallut faire attention à ce que Maman et Solène mangeaient, car mademoiselle avait un intestin sensible. Je pris donc les restrictions alimentaires que cela entraînait avec entrain, trouvant ici un défi culinaire intéressant. Solène m’enseignât donc l’art de faire à manger sans produits laitiers et sans soja. Ce fut un défi que je relevai avec joie, mais lorsqu’il fut terminé, je n’en étais pas choqué. Julie et Solène non plus d’ailleurs puisqu’elles se ruèrent avec joie, chacune à leur façon, sur le yaourt, la crème glacée et les fromages.

Les mois qui ont suivi nous ont montré une petit fille curieuse, pleine d’entrain, qui, grâce à la compétition avec ses frères (et peut-être un peu de génétique transmis par sa Mémé-Joh), avait un caractère fort et une certitude de ses opinions et de ses désirs. Solène est devenue un petit soleil dans nos vies et les craintes et les angoisses des mois qui ont suivi l’annonce de Julie par ce matin d’hiver en Beauce ont laissé place à une joie de vivre et une plénitude que je ne peux aujourd’hui que chérir en souvenir.

Parmi ces souvenirs, je garde celui de cette petite fille qui adorait se faire prendre et qui une fois dans les bras de Julie ou dans les miens, nous tapait doucement l’épaule comme pour nous dire : « Là, là, je suis là. N’ayez crainte. Tout ira pour le mieux maintenant. » Je garde également le souvenir de ce petit visage joyeux qui adorait me pointer du doigt en riant lorsqu’elle me voyait. Elle avait alors le regard de ces petites filles qui disent avec fierté : « Lui, c’est mon papa ! » Je garde le souvenir de cette petite fille qui adorait vider les tiroirs et les armoires de la cuisine, faisant rager son père. Elle me regardait alors de ses grands yeux bleus, un sourire fendu jusqu’aux oreilles, ayant l’air de dire : « Voyons Papa, tu sais que tu m’aimes quand même ! » Finalement, je garde le souvenir de cette petite fille qui se ruait dans nos jambes et qui partait à courir dans la direction opposée en riant, nous sommant ainsi de la pourchasser dans la maison.

Malheureusement, Solène nous réservait une cinquième et tragique surprise. Par un midi d’hiver, à quelques semaines du deuxième anniversaire de l’annonce de Julie, je reçus un appel qui allait me projeter sur la route de l’hôpital et du cauchemar. Jamais la route entre Fort-Coulonge et Hull ne m’a paru si longue, alors que je me remémorais les paroles de l’agent de police qui m’avait appelé ce midi-là. Pendant l’heure qui suivi, alors que je roulais en fou sur la route 148, ces paroles avaient instauré en moi une certitude que l’irréparable s’était produit. Ce matin-là, le soleil s’est éteint paisiblement dans son sommeil. Il s’est transformé en étoile filante ne laissant derrière elle qu’une poussière d’étoile sous la forme de souvenirs. Peut-être a-t-elle brillé trop intensément tout au long de ses quinze mois ?

Aujourd’hui, nous sommes réunis pour exprimer notre tristesse à celle qui a touché tant de cœurs. Les mots sont tous insuffisants et inadéquats pour décrire ce qu’elle laisse derrière elle. Dans les mots de son grand frère, il ne reste qu’une chose à dire : « Adieu Solène, nous t’aimions beaucoup. »

Hommage lu aux funérailles de Solène Godbout
à Gatineau le 22 janvier 2011

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Jamais plus à mes yeux le soleil ne brillera aussi intensément. Le 10 janvier dernier, il est allé se coucher vers 10h00 pour ne plus jamais se réveiller. Ma petite Solène, mon petit trésor, s’est endormie à jamais. Jamais plus je n’entendrai son rire. Jamais plus je ne pourrai la tenir dans mes bras. Jamais plus elle ne me pointera de son petit doigt pour me dire bonjour avant de partir en courant dans l’autre direction ayant l’aire de m’inviter à lui courir après. Jamais je n’aurai l’occasion de la voir grandir, de la voir connaître son premier amour. Je ne pourrai pas l’amener à la piscine ou faire de la voile tel que je l’avais intensément désiré. Elle n’est tout simplement plus là.

Solène, je n’étais pas là quand tu es partie. Je m’étais promis de toujours être là à tes côté quand tu avais besoin de moi. J’ai échoué à cette promesse… Ce sera toujours pour moi un poids que j’aurai à apprendre à porter. Ton arrivée fut peut-être une surprise, mais tu seras toujours ma petite fille et je t’adorais intensément.

La vie de Solène en album.

Mise à jour : Mon père, Papi Alain, a fait une vidéo à partir des photos. Elle est affichée sur YouTube.