mars 2010


Le système de santé québécois demeure un système de qualité où les soins prodigués rivalisent très bien avec ceux des autres pays industrialisé. Une fois que le patient s’insère dans la chaîne de traitement, il recevra les soins dont il a besoin… mais des fois…

La Presse fait état aujourd’hui d’un cas qui laisse pantois. Un homme abandonné à son sort qui meurt sur une civière de l’hôpital parce que les différents services ne veulent pas le traiter.

Difficile ne pas être révolté quand on lit que le patient, souffrant de ce qui me semble être une gangrène, est renvoyé à la maison. Difficile de ne pas vouloir ruer dans les brancards lorsqu’on lit que les médecins de garde ne sont pas joignable, que les chefs de département disent que ce n’est pas de leur ressort, que le patient meure, faute de soins, parce que les gens qui sont supposé le traiter se renvoient la balle.

Le coroner a refusé d’établir un lien direct entre « les problèmes de communications » et la mort du patient. Il en demeure pas moins que, pour la moyenne des gens, ce qui est rapporté ici est digne d’un acte de négligence criminelle. Le mot est fort, certes, mais il représente certainement très bien ce que plusieurs penseront en lisant l’article.

Je trouve la situation d’autant plus grave que la réaction du ministre de la santé fut de se limiter à dire que le cas était « déplorable ». Combien de morts faut-il pour transformer une situation déplorable en une situation révoltante ? Combien de morts faut-il pour que les services, que le Québec paye chèrement en santé, soient fourni à toute la population ? Combien de morts faut-il pour que de telles situations ne se reproduisent plus ? Combien de morts faut-il pour que le ministre impose la loi de la décence dans le système ? Combien M. le Ministre ?

De plus, il est dommage, mais pas surprenant, de ne pas entendre le Collège des Médecins réagir à cette nouvelle. Le Collège à comme mission première d’assurer la sécurité du public. Cependant, les prises de position du Collège dans le dossier des médecins étrangers, sur la question des pénuries, sur l’attitude des associations médicales et de leurs demandes et maintenant leur silence sur les cas de plus en plus douteux qui s’accumulent dans les hôpitaux de Montréal, tout ceci montre, en apparence du moins, qu’il est devenu plus important pour le Collège de protéger la profession. Ça s’est déplorable, M. le Ministre.

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La Presse publiait aujourd’hui une entrevue avec le chroniqueur vedette Thomas Friedman qui, après avoir couvert le conflit israëlo-palestinien, s’est tourné vers l’environnement et les énergies verte.

Il y a deux passages qui ont particulièrement attiré mon attention. Premièrement,

Q: Donc votre message est que dans le doute, vaut mieux agir?

R: Tout à fait. Que fait-on quand il y a un risque, fut-il minime, que des événements irréversibles et potentiellement catastrophiques surviennent, comme des tornades ou des inondations? On ne se croise pas les bras, on achète des assurances. Donc, que l’incertitude provienne de Saddam Hussein ou de Mère Nature, j’applique le raisonnement de Dick Cheney et j’achète des assurances…

Bien que citer une personne aussi détestable politiquement que l’ancien vice-président, je trouve que Friedman marque ici un point. En cas de doute, préparons-nous au pire et tentons de réduire les impacts de ce que nous appréhendons. Les changements proposés à l’économie et la protection de l’environnement qu’apporteraient des actions concrètes en matière de conservation d’énergie/réduction de la pollution carbonique/réduction des changements climatiques seraient bénéfiques même si le but premier d’éviter des désastres climatiques s’avérait être une chimère (ce que je ne crois pas personnellement). Agir pour la protection du climat implique, entre autre, de préserver l’eau, réduire notre dépendance au pétrole étranger, encourager l’agriculture de proximité, réduire notre consommation d’énergie et de marchandise, repenser notre système de transport des marchandises et des personnes, redévelopper nos villes pour les rendre plus humaines et moins un autel à l’automobile, etc. Toutes ceci aurait pour effet d’améliorer la qualité de vie des citoyens canadiens et ce même si les modifications climatiques n’existaient pas.

Le deuxième passage qui a attiré mon attention est le suivant :

Q: Parlant de sécurité, vous prônez une plus grande indépendance des États-Unis par rapport au pétrole provenant de pays instables. Les sables bitumineux du Canada sont-ils la solution?

R: Je ne veux pas insulter personne, mais je ne suis pas en faveur des sables bitumineux. Je crois que la quantité d’eau nécessaire à l’extraction et les impacts sur la biodiversité, entre autres, sont trop importants. Je crois qu’il serait plus judicieux pour les Américains d’éteindre les lumières que de détruire l’Alberta.

Il est facile pour nous, québécois, de taper sur les méchants albertains avec leur pétrole. Il est facile de dire qu’on a simplement à fermer la valve et tout rentrera dans l’ordre. La réalité est autrement plus complexe. Notre économie, nos services et notre confort dépendent de toutes les sources de revenus dont nous disposons. Une partie des transferts fédéraux et de péréquation, si importants au gouvernement québécois (ne justifie-t-il pas son hésitation de hausser les tarifs d’Hydro-Québec par la réduction des transferts de péréquation qui en résulterait?), proviennent de la richesse que procure les pétrodollars albertains. De plus, il ne nous est nullement avantageux de déshabiller Paul pour habiller Pierre. Ce n’est pas en mettant l’économie albertaine à terre que nous allons régler les problèmes chez nous.

Cette mise au point faite, il faut tout de même admettre que l’exploitation des sables bitumineux, telle qu’elle est pratiquée actuellement, n’a rien de reluisant d’un point de vue environnemental. Contamination de l’eau, surconsommation de l’eau, pollution de l’air, destruction d’habitat faunique, réduction de la biodiversité, incidence plus élevée de maladies et de zoopathies, émissions toujours plus élevées de gaz à effet de serre et j’en passe. Le confort de l’Alberta et de tous les canadiens repose donc sur une destruction massive d’un bassin versant, l’un des plus importants de l’Alberta, celui le Athabasca.

La nécessité est la mère de toutes les inventions, dit-on, idée d’ailleurs reprise par Freidman dans son entrevue. Le problème c’est que le contexte politique actuelle ne force pas l’innovation en matière d’exploitation des sables bitumineux. Nous avons des gouvernements en Alberta et au fédéral qui sont négationistes et qui abandonnent leurs responsabilités devant un coup d’argent facile. Tant et aussi longtemps que les représentants des propriétaire fonciers du sol canadien et albertain ne se réveilleront pas (i.e. nos représentants, nos députés), il n’y aura aucune pression sur les compagnies pétrolières à modifier profondément et durablement leurs pratiques. Elles continueront à engranger leurs profits et à menacer de partir si le statu quo change et l’Athabasca continuera de mourir un petit peu chaque jour, dans l’indifférence la plus totale.