L’été s’annonce mouvementé dans le domaine du jeu de rôle. Alors que la 4e édition du grand-père de tous les jeux fait son arrivée sur le marché, Wizards of the Coast a mis en ligne la Game System License. Intéressé par le mouvement des licences et du jeux libre, j’ai pris le temps ce matin de lire la GSL dans tous ses détails.

Avant de vous faire part de mon idée sur le sujet, je dois rappeler certains faits :

  1. Wizards of the Coast, avec la 3e édition de D&D avait initié, sous l’initiative de Ryan Dancey, une licence (la licence ludique) qui permettait aux éditeurs tiers de publier du matériel pour D&D sans avoir à se soumettre à un long (et couteux pour Wizards) processus de licence privée et de révision.
  2. Cette licence a permis la résurrection et la fondation de toute un série d’éditeurs qui ont su profiter de l’opportunité que leur offrait Wizards. Certains disent que l’OGL et sa dérivée la licence d20 n’ont produit que des livres et des accessoires de qualité médiocre. Je crois que ce jugement est trop sévère. Il y a certes des produits de mauvaise qualité, mais il y a également beaucoup de produits très intéressants qui permettaient de jouer à D&D mais dans des contextes/mondes/aventures différentes de ce que produisait Wizards. Certains partagent l’avis (partie I, partie II) de Ryan Dancey qu’au contraire, les éditeurs tiers ont permis de faire grossir les rangs des joueurs et augmenter les ventes de D&D.
  3. En août 2007, Wizards a annoncé qu’ils préparaient une nouvelle éditions. À cette date, Scott Rouse avait annoncé que la nouvelle édition serait OGL.
  4. Janvier 2008, Wizards après avoir tergiversé sur la question de l’OGL et de la 4e édition, une conférence téléphonique reunissant Wizards et les éditeurs tiers les plus importants a eu lieu. Au cour de cet appel, il est confirmé l’OGL sera en place pour la 4e. Les éditeurs auront la chance de voir la license et le texte de référence qui s’y rattache avant tout le monde, moyennant une prime de $5000. Le tout doit être prêt pour février.
  5. Février-avril 2008. Le silence pèse lourd chez Wizards. Très peu d’informations filtrent quant à la teneur d’une supposé nouvelle licence appelée à remplacer l’OGL pour la 4e édition. Puis le 17 avril, pour calmer la colère qui gronde, Wizards confirme qu’une licence est en préparation, que la prime est abolie et que les éditeurs pourront publier du matériel à compter du 1er octobre 2008. La licence doit être prête pour le 6 juin. Les discussions sur ENWorld et sur d’autres forum de discussion, particulièrement avec Clark Peterson, président de Necromancer Games, laissent soupçonner que des factions au sein de Wizards tentent de sauver le mouvement libre face à une autre faction qui tente de fermer la 4e édition.
  6. Le 6 juin 2008, la 4e édition est lancée. Pas de nouvelles de la GSL.
  7. La semaine dernière, Scott Rouse annonce que ça s’en vient.
  8. Hier en soirée, la GSL est enfin publié, avec plusieurs mois de retard.

Après avoir lu la licence, je ne comprends pas comment un éditeur pourrait embarquer à fond avec Wizards dans cette aventure. Le problème principal que j’y vois touche a la création et à l’adaptation de nouvelles règles. En vertu de cette licence, les éditeurs tiers ne peuvent pas modifier et utiliser les éléments de D&D4 dans un produit défini dans le document de référence. Ils doivent les utiliser tels quels ou en créer de nouveaux en leur donnant de nouveaux noms. Par ailleurs, si tout produit d’un éditeurs tiers vient à être couvert par un produit ultérieur de Wizards, cet éditeur se trouve automatiquement en contravention de la licence. Il doit immédiatement cesser la production du produit et le détruire (format papier et électronique) et ce, sans préavis. Comment un éditeur peut se placer dans une telle position incertaine ? Il doit se mettre à deviner ce que va produire Wizards pour ne pas contrevenir à la licence!

De plus, la licence peut-être retirée ou modifiée sans préavis par Wizards. Il est de la responsabilité de l’éditeur de se conformer à la dernière licence. Cependant, le fait que la licence puisse être annulée du jours au lendemain et que l’élimination des produits doit se faire sur l’heure en vertu de la GSL met encore une fois les éditeurs tiers dans une position très instable.

Autre point à souligner, une fois qu’un produit ou une ligne de produit passe à la GSL, l’éditeur ne peut continuer à publier les produits sous l’OGL. Va jusque là. Cependant, le point qui à mes yeux semble abusif est le suivant : l’éditeur ne peut jamais revenir en arrière. Même si la GSL est annulée, l’obligation de ne plus publier sa propriété intellectuelle sous autre chose que la GSL demeure et ce à perpétuité. Si la GSL est retirée, automatiquement, l’éditeur perd le contrôle de sa propriété intellectuelle.

Tous ces points de la licence me semblent à mes yeux abusifs de la part de Wizards. Il est évident qu’ils ne le voient pas ainsi. Cependant, pour ma part, qui consomme beaucoup de matériel des éditeurs tiers, je ne peux pas m’empêcher de secouer la tête, ébahi par cette tournure des évènements. Nous sommes biens loin des tentatives du début des années 2000 de faire croître l’industrie du jeu de rôle par la coopération.

Qu’est-ce que cela signifie pour moi? En gros pas grand chose. Cette décision est celle qui met plus ou moins un clou dans le cercueil de la 4e édition pour moi. Je ne dis pas que jamais je n’achèterai ou n’utiliserai cette édition. Cependant, avec le Pathfinder de Paizo et la bibliothèque que j’ai, je n’ai vraiment pas de raisons de passer à la 4e édition. Compte-tenu que le support des éditeurs tiers est important pour moi, la GSL est un obstacle supplémentaire à mon passage à cette nouvelle édition.

Désolé Wizards, mais cette fois-ci, pour l’instant, je passe mon tour.